L’âge des lumières // Ian R. MacLeod

 

Le Temps de l’Industrie…

L’Angleterre vit sous le règne de l’Éther, cette substance aux propriétés étranges qui permet aux machines de fonctionner et qui donne sa puissance aux guildes. Dans une petite ville ouvrière du Yorkshire, Robert Borrows, fils d’un modeste technicien de caste inférieure, grandit entre les terrils (les déchets de l’Éther, pendant magique du charbon) et l’usine qui donne sa raison d’être à la cité. Lorsque sa mère meurt des suites d’une horrible dégénérescence, le jeune homme fuit vers Londres pour échapper à l’aigreur de son père et à une existence choisie pour lui.

Il y a quelque chose de pourri dans cette Angleterre post-victorienne, comme une entropie dévorante qui appelle l’avènement d’une ère nouvelle. Car c’est bien de changement dont il est question dans ce roman de Ian MacLeod, celui d’un ordre social dont la cristallisation provoque la sourde colère d’un peuple aux aspirations durement réprimées et qui vit dans une misère à peine concevable, loin de la baroque splendeur des quartiers des guildes. Quelque chose est en gestation, quelque chose qui vibre sous cette glace d’éther qui recouvre tout, machines et bâtiments. Et le battement organique des extracteurs évoque immanquablement le grondement que nous fait entendre Zola dans les dernières lignes de son Germinal.

Mais L’Age des lumières est aussi le récit du cheminement de Robert, prolétaire qui s’affranchit d’un destin fixé par des règles sociales injustes et pose sur son monde un regard perçant, changeant et toujours sensible. Ses espoirs sont ceux des hors-caste, ses échecs ceux du commun. Un héros aux dimensions humaines en somme.

Un mot sur l’écriture de MacLeod, qui confirme ici une plume élégante déjà présente dans Les Îles du Soleil. L’ensemble est juste et d’une rare subtilité, contribuant à nous plonger dans un univers très élaboré qui confère au roman un vrai pouvoir de fascination.

Publicités