Frontières #4

Le voilà le numéro 4 de Frontières !

Il nous aura fallu du temps et rassembler pas mal d’énergie mais nous n’avons pas abandonné. Inutile de vous dire que nous ne suivons pas un quelconque planning, puisqu’il nous est difficile de nous y tenir, mais le numéro rassemble encore une fois tout notre intérêt et toute notre passion pour cette littérature de l’imaginaire, rien n’a changé donc.

Gageons que nous serons plus ponctuels pour Frontières 5ème du nom, puisque nous ne comptons pas nous arrêter en chemin.

Nouveauté pour ce futur numéro et probablement les prochains: nous allons procéder à un appel à texte autour d’un thème prédéfini, que nous communiquerons le plus rapidement possible via le site et Facebook. Si nous devons nous concerter avant toute décision, une chose est sûre, nous éviterons les sujet du type « les dragons » ou « les fées », sans discrimination aucune, tout simplement car ces sujets trop réducteurs ne nous intéressent pas en tant que tels. Nous tâcherons donc de viser plus large.

Toute contribution en matière de chroniques est une fois encore la bienvenue.  Nous en profitons d’ailleurs pour remercier une fois de plus Marcelline Perrard pour nous avoir confié sa chronique d’Andrus Kivirähk et lui souhaitons bienvenue au sein de l’équipe des chroniqueurs.

Finalement, à la demande de certains lecteurs, deux versions du numéro 4 de Frontières sont disponibles : un PDF interactif s’affichant en double page, et un PDF page par page, plus simple à utiliser sur tablette. Toutefois, sur cette dernière version, vous le verrez, la BD passe mal, le découpage fut un petit casse-tête vite abandonné. Côté bédé justement, Huxley Dust est un peu remonté, on le comprend, mais ne le prenez pas personnellement, il rôde encore parfois parmi nous, au coin d’une table, un crayon sur l’oreille, une gomme dans la poche et l’œil aiguisé comme jamais.

Avant de vous souhaiter une bonne lecture et de vous donner rendez-vous au prochain numéro, je voudrais saluer la vaillance des libraires de la librairie Chapitre Les Volcans. Cela fait plusieurs mois qu’on les balade au gré d’infos plus ou moins utiles, plus ou moins vérifiées, plus ou moins concédées. Le but n’est pas de cracher sur les choix d’une direction flageolante, peut-être un peu peureuse face à sa force de vente et qui semble avoir perdu toute notion de ce que représente une librairie (vous savez où vont les rats quand le navire coule : au café du coin, en parachute argenté). Le but n’est pas non plus de critiquer les modes de fonctionnement des groupes comme Actissia ou le fond d’investissement  Najafi Companies, mais davantage de souhaiter, suite au dépôt de la SCOP des salariés, énormément de courage pour les quelques jours restant.

T.,  ce numéro t’est donc dédié.

Double page

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Page par page

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Outrage et rébellion // Catherine Dufour

C’est une évidence, Catherine Dufour a l’art et la manière de vous scotcher le mou au plafond. Déjà remarquée et remarquable en 2005, avec son roman Le Goût de l’immortalité, véritable tarte dans le museau qui nous offrait une plongée glauquissime dans les bas-fonds ravagés d’une mégapole chinoise, la super nana revient à la charge. En 2009, Dufour nous fout à nouveau les pieds dans son enfer urbain du 23e siècle, avec Outrage et rébellion. Les souvenirs de l’héroïne grabataire du premier opus cèdent ici la place aux vomissures rageuses de gamins azimutés.

Coincés dans une pension dorée, des adolescents s’ennuient à crever. Il faut dire qu’il y a de quoi. Cernés par des terres que le soleil a cuites à coups de radiations mortelles, les mômes passent leur temps dans leurs piaules à s’envoyer des drogues de synthèse en n’attendant rien. Lâchés par des parents qui ont mieux à faire que de s’occuper de leur progéniture, ils se mettent du jour au lendemain à la musique. Réunis autour de Marquis, un leader sauvage et violent moche comme un pou, à la voix de chat écrasé, ces bras cassés du punkrock ont vite fait de foutre la zone dans leur prison. Ravagés du bulbe par tout ce qu’ils sniffent et avalent, adeptes de la partouze sous acides et musiciens pathétiques, les gamins de la pension explosent leur réel dégueulasse et leurs neurones au passage. Victimes de leur propre succès et de la répression des matons, les néo-punks sont obligés de s’écraser.

Mais c’est la découverte brutale des raisons de sa présence ici qui va semer le désarroi dans la tête de Marquis. Il se fait la malle sans laisser de traces avant de réapparaître dans les bas-fonds de Shanghaï, au beau milieu des Rats avec un grand R, les laissés pour compte du système social. Plongé jusqu’au cou dans la merde de ces caves puantes, où les hommes et les femmes vivent comme des bêtes au bord de l’extinction, Marquis va connaître l’apogée de sa courte carrière. Devenu icône de tout un troupeau de désespérés nihilistes, il inspire de nouveaux sous-genres musicaux tous aussi déglingués les uns que les autres. Parce que dans les bas-fonds, plus encore qu’à la surface, le no future se décline en orgies et en bastons alcoolisées. Avec le temps, certains se piquent au jeu de la rébellion dans le sillage d’une musique de plus en plus revendicatrice. Devenu figure de proue d’un mouvement anarchique dont il n’a rien à cirer, utilisé par des pseudo-managers pourris jusqu’à l’os, Marquis s’enlise et s’enferme pendant qu’éclatent aux quatre coins de sa cour des miracles des émeutes entre punks et miliciens. Puis il disparaît pour de bon, ne laissant plus derrière lui que l’empreinte d’un mythe urbain.

Outrage et rébellion doit évidemment beaucoup au Please Kill Me de McNeil et McCain, et ce jusque dans sa moelle. La narration/collage, qui se veut une succession d’extraits d’interviews, pourra dérouter. Mais elle offre au récit une touche d’authenticité indéniable. Côté casting, le personnage de Marquis, bête de scène approximative, fait furieusement penser à un Lou Reed entouré de sa cour de déjantés et ses automutilations ne sont pas sans rappeler les frasques d’un Iggy Pop période Stooges. Le roman de Catherine Dufour ressemble donc fort à un hommage au genre punk, une mise en abîme, un décalage futuriste et prenant, hyper noir, d’une période fertile de l’histoire du rock, avec sa galerie de freaks et de junkies. Dommage que l’écriture pourtant accrocheuse de la dame, qui fait feu de tout bois grâce à la verdeur du langage des protagonistes, ne finisse par noyer les personnalités en une seule et unique voix. Si Dufour n’a rien perdu de sa verve décapante, si elle mitraille à tout va et fait toujours mouche, on a toutefois l’impression gênante que tout le monde ici-bas parle de la même façon. Dès lors, les identités paraissent diluées. Pourtant l’atmosphère de déliquescence vous prend aux tripes, vous oppresse. Ça baise dans tous les recoins, ça sue, ça picole et ça gerbe, c’est crade et amoral. Esprit du Rock es-tu là ? Oui, cent fois oui. Et l’on perçoit même, par moment, la richesse d’un arrière-plan politique et social qui ne demande qu’à être développé dans des œuvres ultérieures. Outrage et rébellion est un texte énervé et sombre qui regarde, les yeux grands ouverts, le foutoir du monde à venir. Et c’est pas beau à voir.

S.J